LETTRE AUX LOUGATOIS

Nous avons les capacités et les ressources humaines pour développer notre ville. La finesse d’esprit, l’héroïsme des Lougatois ne sont plus à démontrer. Paraphrasant un illustre compatriote, disons plus prosaïquement qu’il nous faut faire un sursaut d’honneur pour congédier de notre ville l’angoisse des jours trop longs et la misère des ventres trop creux. Organisons nos états généraux, discutons et enfin, agissons.

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Avons-nous le droit de nous taire et d’abandonner cette ville qui nous a tout donné au sort si peu enviable qui est le sien ? Avons-nous le droit de nous prélasser dans nos « grandplaces » et de médire honteusement sur ceux qui ont retroussé leurs manches et se sont mis à l’ouvrage ? Sommes-nous légitimés à mésestimer les réalisations de ceux qui ont eu le cœur de faire avec les modiques moyens dont ils disposent ? Les honnêtes hommes de Louga ne peuvent aujourd’hui occulter ces interrogations qui nous hantent  tous les soirs. Nous sommes constamment interpellés par la police de notre conscience. C’est donc au sortir d’une nuit d’intense réflexion, comme dans ces moments de solitude où notre conscience se démène dans un tragique face à face avec elle-même, que nous avons décidé de lancer cet appel de détresse afin que les moyens de la relance de notre ville soient extirpés des entrailles de nos concitoyens. En fait, il ne s’agit point ici de faire l’impossible ou de construire des châteaux en Espagne mais juste de prendre conscience de nos réelles capacités, de savoir ce qu’ensemble dans la concorde et dans l’entente nous pouvons faire pour Louga. Et nul ne doute que ce ne sera pas négligeable. C’est une question de foi plus qu’autre chose. Nous avons les capacités et les ressources humaines pour développer notre ville. Le seul problème, l’unique entorse qui aujourd’hui empêche les Lougatois de réaliser de grandes choses, c’est le syndrome de la division. Unis, nous pourrons achever le travail que nos grands-parents, nos parents, nos frères et sœurs avaient entrepris. La finesse  d’esprit, l’héroïsme des Lougatois ne sont plus à démonter. Ils excellent dans tous les domaines de la vie, dans toutes les villes à travers le monde.

Ce n’est que dans notre ville que nous ne ressentons pas ces qualités propres à nos concitoyens et il faut à chaque fois que des étrangers viennent nous le rappeler. Ce sont les étrangers qui réussissent dans notre ville comme pour confirmer l’adage qui veut que nul ne soit prophète chez soi… Pour une fois, faisons mentir cet adage. Nous en avons les moyens. Mais avant cette entreprise, convoquons d’abord notre conscience. Notre autocritique s’impose pour extirper le mal à sa racine. A quoi  a servi le nombre incalculable d’associations pour le développement de Louga que nous avons vu naître et dont tout le monde se demande présentement ce qu’elles sont devenues, ce qu’elles ont véritablement fait pour la ville. La première remarque qui s’impose est que, nous tous, savons que ces grands rassemblements folkloriques n’ont eu d’autre fonction que de servir de tremplins à quelques hommes politiques trop ambitieux et trop éloignés des préoccupations de leurs concitoyens. La seconde remarque est qu’il existe trop de Lougatois qui, depuis des années, s’activent dans tous les mouvements dans l’unique et inavouable dessein de se remplir les poches. Ce sont ceux-là qui favorisent et diffusent dans le corps social les pratiques de trafiquants de visa. Ce sont ceux-là qui, à travers les méandres d’associations fantômes où, par le biais de nébuleuses, transforment la notoriété de Louga à l’extérieur en situation de rentes. Ces gens-là, il faut les débusquer et les mettre hors d’état de nuire car leurs agissement sont dangereux et ne concourent qu’à semer la division dans les rangs, à créer des situations en permanence conflictuelles entre leurs concitoyens honnêtes et désireux d’œuvrer sincèrement pour la ville qu’ils aiment de tout leur cœur. Cette situation fait que beaucoup de Lougatois ne veulent plus faire un seul geste pour leur ville. Chaque fois qu’ils sont sollicités pour une quelconque action de développement, c’est à peine s’ils croient encore que des initiateurs désintéressés de projets puissent encore exister, à peine s’ils ne nourrissent pas des suspicions. Mais ils ne sont pas seuls, malheureusement. A côté, il existe des timorés qui ne veulent rien faire et qui se cachent derrière l’indifférence que leur inspire le spectre politique. « Moi, je ne fais pas politique » est leur sentence fétiche pour se dédouaner. Loin de nous l’idée de congédier à peu de frais les politiques car, quoi qu’il en soit, ils ont entre leurs mains les leviers de commande de notre ville. Nous estimons que nous n’avons pas droit de les laisser faire tous seuls. Chacun a voix au chapitre. Chacun a droit à la parole. Ces politiques, quelle que puisse être leur nature, bonne ou mauvaise, sont là par la grâce du vote des populations. Acceptons-les et épaulons-les pour ne pas encore perdre des années. Cela ne signifie pas leur donner un blanc-seing, cela ne veut pas dire non plus qu’il faille prendre la carte de tel ou tel autre parti politique. Ne pas verser dans un ponce-pilatisme de mauvais aloi signifie contraindre par des pratiques citoyennes les hommes politiques à appliquer les programmes pour lesquels ils ont été élus.

Transformons cet impératif en une synergie en rassemblant toutes les forces de Louga pour enfin espérer un sursaut pour le développement de notre ville. Certains de nos braves compatriotes, au vu de la morosité du contexte économique, ont choisi l’exil au risque de leur liberté  ou de leur vie, dans des conditions de travail où la rigueur du climat se le dispute à la pénibilité des tâches. Les statistiques de la poste montrent que ces derniers drainent d’importants capitaux après un séjour dans l’Hexagone. Mais, faute de réceptacles, c’est l’utilisation judicieuse de cette manne financière qui pose problème. Cette situation de fait doit pousser nos élus à faciliter les modalités d’investissement à ces braves fils de la ville. Ce qui devrait contribuer au décollage économique de Louga. Une telle initiative devrait contribuer à arrêter la saignée des bras valides et permettre à nos concitoyens, qui sont restés stoïques dans notre ville, de retrouver des emplois décents. Aujourd‘hui, les conditions pour la réalisation de tels projets ont fondamentalement changé, positivement au regard de l’Acte 3 de la Décentralisation. La nomenclature institutionnelle a été modifiée permettant une meilleure captation de ce  capital de nos compatriotes en jachère dans les institutions financières ou fossilisé dans le béton. Le temps est de plus en plus chez nos compatriotes émigrés à l’initiative du retour puisqu’il est manifeste que l’Europe a tendance à se recroqueviller sur elle-même. Elle est en train de reconstruire le Limes, ce mur que les Romains avaient édifié autour de leur empire pour des protéger des invasions barbares.  Nos compatriotes devraient faire de cette contrainte une opportunité pour s’insérer dans la nouvelle configuration géographique de notre économie avec la mise en place des nouveaux pôles de développement. Mais c’est d’abord à nous et nos élus de leur offrir  un ferment fertilisant pour les projets murissent et deviennent des réalisations concrètes.

Paraphrasant un illustre Lougatois, disons plus prosaïquement, qu’il nous faut faire un sursaut d’honneur pour congédier de notre ville l’angoisse des jours trop creux. Nous sommes en train de pointer nos doigts sur nos ainés, mais faisons aussi en sorte que ne soyons pas interpellés demain par nos enfants. Organisons nos états généraux, discutons et enfin, agissons. Pour que vive la ville que nous aimons tant.

Cherif SARR