PRESIDENTIELLE 2019, La logique électorale de la gagne au premier ou au second tour

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La Présidentielle de 2019 se dessine à l’horizon avec deux logiques électorales contrastées. La date fatidique  est à moins de deux moins. Nous y sommes ou presque. Le Président sortant est quasi fin prêt. Il a pris le temps de préparer sa candidature dans sa formation politique et dans son alliance stratégique « Benno Book Yakaar ». Il n’aura croisé aucune opposition significative à sa candidature, ni dans son parti l’Alliance pour la République, ni dans son alliance stratégique « Benno Bokk Yakaar » l’accompagnant  dans son exercice du pouvoir. Depuis déjà au moins deux années, la couleur est annoncée sous diverses formes solennelles et moins solennelles. Probablement, la forme d’expression la plus notoire de ce consensus noué autour de cette candidature du chef du parti et de sa coalition aura été le soutien de tous les souteneurs à l’occasion de l’investiture récente du Président sortant, Macky Sall. Le Président- candidat à sa succession qui  a décliné son intention de briguer les suffrages des sénégalais très tôt est ainsi renforcé et réconforté dans ce que l’on savait depuis fort longtemps.

La préservation de l’Unité de l’alliance Benno durant sept ans a facilité le « gouverner ensemble » qui s’est transformé au fil du temps en un slogan de la campagne présidentielle. A côté de cette stratégie électorale unitaire du reste précoce, le candidat- Président a bâti toute cette stratégie de la gagne  autour du « Plan Sénégal Emergent », son programme de campagne électorale, les résultats de son action politique à la tête du Sénégal depuis mars 2012 et une politique d’influence massive en direction les grands électeurs traditionnels : des chefs religieux, des familles bénéficiaires de la Bourse Familiale, de la Couverture Maladie Universelle et de l’accès aux services de base des populations les plus défavorisées du monde rural et des zones urbains et péri urbaines.

Les actions sociales en direction des travailleurs qui se sont traduites par la baisse des impôts sur les salaires, la mensualisation des pensions des retraités puis la hausse des pensions, la baisse des prix de certaines matières de première nécessité, la satisfaction progressive des revendications de certaines couches des  travailleurs, singulièrement des enseignants participent à la fois d’une volonté électoraliste et du souci de l’apaisement des acteurs syndicaux et de rassurer les travailleurs et les populations les plus fragiles. L’anticipation électorale à la candidature du président sortant et à la victoire est ainsi le fil conducteur de la stratégie du « Benno Bokk Yakaar » et de son candidat.

En face du camp présidentiel, se trouve le camp  de l’opposition plurielle. Ce camp regroupe des leaders classiques du paysage politique sénégalais des habitués aux élections, et de nouvelles figures politiques et de la société civile émergente. La stratégie électorale de l’opposition plurielle est articulée autour de son  combat commun pour la défense des libertés publiques, pour l’organisation d’une élection libre, transparente et démocratique et la dénonciation régulière des conditions de vie des populations, des travailleurs et la critique en règle de la gouvernance politique et économique. Sous des formes multiformes, les adversaires du Président sortant ont mis constamment en exergue leur unité de pensée et d’action à travers des marches communes, des conférences de presse, des campagnes nationales et /ou internationales de sensibilisation des chefs religieux, de la société civile, des diplomates  et le renforcement de leurs cadres de concertation au sujet du prochain scrutin, du fichier électoral et de l’autorité chargée d’organiser les élections.

Cette stratégie du camp oppositionnel se poursuit à quelques mois de la présidentielle avec la création d’une plateforme commune à tous les acteurs de l’opposition pour sécuriser le vote, les élections et les résultats électoraux du peuple souverain. Ce regroupement  inattendu traduit une inquiétude réelle ou imaginaire des acteurs de l’opposition et de certaines franges de la société civile. Elle se propage dans de nombreux esprits doutant d’un coup de manœuvre imprévisible du pouvoir. Les risques d’une élection non transparent est ainsi redoutée à la lumière des élections des législatives de 2016 qui ont laissé des traces indélébiles d’une mauvaise organisation : de nombreux électeurs n’ont pas sacrifié leur devoir civique. Les risques d’une élection frauduleuse est présentement le dénominateur commun des préoccupations partagées du camp de l’opposition doutant de la sincérité du pouvoir à accepter la libre expression des citoyens. L’issue du parrainage pourrait être à la fois un  déclic et un déclencheur des tensions politiques et des frustrations accumulées depuis quelques deux bonnes années. L’absence de consensus électoral sur la loi électorale, la loi sur le parrainage et l’organisation des élections par une autorité ou une personnalité suffisamment équidistante des deux camps et l’inexistence d’un mécanisme de dialogue réel et efficace demeurent des sources majeures de conflits entre le pouvoir et son opposition pendant la pré- campagne, la campagne et après la campagne électorale.

C’est dans ces conditions de suspensions, de réserves et de tensions latentes que l’épreuve du parrainage imposée par le camp présidentielle pourrait être sanctionnée à tort ou à raison par l’exclusion de certains candidats à la candidature présidentielle de la mouvance de l’opposition. L’interdiction de la double signature des listes du parrainage des candidats à la candidature et le déficit du nombre de parrains requis dans les régions sans oublier les omissions et les erreurs administratives relevant de fautes humaines et techniques constituent  une épée de Damoclès pour les candidats- Présidents qui n’auront pas rempli les conditions requises par la loi du parrainage. Le camp présidentiel qui est plus que jamais décidé à gagner au premier tour sortira probablement de cette étape du parrainage et de la suspicion généralisée dans les rangs de l’opposition par une volonté plus affichée de se défaire des candidats de l’opposition. Le nombre parrainage sera un moyen psychologique et communicationnel redoutable car l’acceptation de la candidature du Président sortant peut être transformée politiquement en  des électeurs réels au regard des ambitions de faire parrainer le candidat du Benno par des millions de citoyens. De quoi crier victoire ! Beaucoup de souteneurs pourraient franchir le pas. Le Sénégal est assurément à la croisée des chemins de la gagne dès le premier et d’un deuxième tour à hauts risques pour le candidat sortant.

Le sort de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Abacar Sall  démis de ses fonctions et condamné à cinq ans de prison et celui du  candidat en exil du principal parti de l’opposition, Karim Wade demeure à la fois une source d’inquiétude démocratique et de risques sociaux insoupçonnés. Ces deux candidats représentent des candidats- Présidents politiquement sérieux. Leur exclusion de la compétition électorale peut jeter de l’huile sur le feu électoral. Le Pds et sa coalition soutenue par des entités de l’opposition et la coalition « Taxu Sénégal »  soutenant le maire de Dakar ne pensent guère à des candidatures de substitution ou de remplacement. Ces deux franges de l’opposition significative choisiront elles la confrontation et l’adversité violente avec le pouvoir ? Choisiront elles in fine séparément ou d’un commun accord, un soutien inattendu à un candidat de l’opposition radicale au régime ? Tout est possible dans le domaine politique. On se rappelle le scénario de la présidentielle de 2012. La campagne présidentielle fortement marquée par le rejet de la candidature du Président sortant, Abdoulaye Wade  a viré dans une violence aveugle pendant toute la période de la campagne présidentielle. Ce cas de figure n’est point à exclure au regard de l’expérience politique du Pds et des franges socialistes soutenant la candidature de l’ancien maire de Dakar et l’issue incertaine du processus du parrainage et de la suspicion grandissante dans les rangs de l’opposition et de la société civile.

Ces acteurs libéraux et socialistes ont beaucoup appris de la rue publique, des luttes urbaines et de la pression populaire sur le pouvoir et la majorité dirigeante. Quelle que soit l’issue de ces épreuves tendues, la campagne électorale est déjà effective. Elle est au cœur de deux logiques frontales que tout oppose. Passer dès le premier tour contre  bousculer le Président sortant vers un second tour fatidique pour la majorité politique. Dans le premier cas de figure, le Président candidat n’a pas droit à l’erreur politique dans sa marche vers la victoire. Il faudra rassembler le maximum de forces sociales et d’électeurs et gérer intelligemment les tensions politiques et sociales inéluctables susceptibles de bouleverser à tout moment la campagne électorale. Dans le deuxième cas, le candidat- Président le plus crédible  de la mouvance de l’opposition émergent des rangs de l’opposition plurielle grâce au vote des indécis entre les deux camps et impose un rapport de force susceptible de provoquer un deuxième tour indispensable pour départager le pouvoir et son opposition. Dans les deux scénarii, c’est au peuple, le seul souverain qui devra trancher entre les deux logiques dans son âme et sa conscience en toute responsabilité.

Par Mamadou Sy Albert