OUSMANE SONKO, Le candidat qui fait bouger les cordes sur la scène politique

single-image

Il est, s’accorde-t-on, la révélation de cette présidentielle. A peine, a-t-on énoncer cette lapalissade, que l’on a presque rien dit sur Ousmane Sonko dont le succès populaire outrepasse de loin celui du président sortant Macky Sall dont le score est pour le moins rocambolesque. Le ci-devant inspecteur des Impôts et député à l’Assemblée a laminé les pontes du régime en place dans la région de Ziguinchor. Il suit de près le cacique Idrissa Seck sur l’axe stratégique Dakar, Guédiawaye, Pikine, Rufisque et Thiès. Les 15% de voix qu’il a recueillies lors de cette élection sont de refléter son audience réelle. C’est dire que sa marge de progression est énorme.
Si le scrutin s’était déroulé dans les règles de l’art, à toutes les étapes du processus, il est à parier qu’Ousmane Sonko aurait fait bien meilleur score. Malgré le succès d’audience, il peut être considéré comme la principale victime de cette fatalité qui frappe l’Afrique. Ce continent se dispute avec les pays de l’ancienne Europe de l’Est la palme de l’irrégularité des consultations électorales. Les Africains comptent dans leurs rangs profusion de Poutine et Victor Orban. Ce fait oblitère ce parallélisme qui fait démocratie entre la représentation aux élections et l’audience réelle des candidats.
L’originalité d’Ousmane Sonko ne s’épuise pas dans le fait qu’il soit l’archétype de la victime cette distorsion, de cette anomalie démocratique. Il partage ce statut peu enviable avec quelqu’un comme le Guinéen Selou Dalein Diallo ou le Congolais Martin Fayulu. A la différence de ces deux derniers, Ousmane Sonko est considéré comme un anti-système. Dalein a été Premier ministre de la Guinée, ce qui suffit pour en faire un acteur traditionnel du système de ce pays. Si l’on considère que la société civile joue un rôle éminent dans la vie politique, Fayulu qui en est une icône, peut être alors classé au registre des hommes de système. Point n’est le cas de Ousmane Sonko.
Son parcours, ou pour être plus précis, son entrée en politique est des plus originales. Singleton, bretteur solitaire, il s’est fait une notoriété en attaquant de front la gestion des ressources minières par le président Macky Sall et la clique familiale qui tourne autour de lui. C’était un combat que David avait convié Goliath. L’Etat, tous ses organes, tous ses thuriféraires, toutes ses officines obscures, ses médias occultes qui, tels des caméléons, ont pris la couleur du privé, tout ce beau monde a pris Sonko comme cible. Rien n’a été épargné au modeste inspecteur des Impôts. Radiation de la fonction publique, mensonges étatiques, calomnies relayées par la plume de certains journalistes, aucun scrupule ne pouvait arrêter, au moins nuancer cette campagne de dénigrement contre Ousmane Sonko. Mais il n’a jamais désarmé. Faut dire qu’il avait une arme imparable : la vérité.
En faisant de Sonko une sorte d’ennemi publique numéro un, cette campagne menée sous la houlette des plus hauts responsables de l’Etat, a fait de lui un Robin des Bois des Bois des savanes sahéliennes. L’Etat, sous ces contrées, est un ogre capable de manger quiconque se dresse contre lui. Mais Ousmane Sonko fut une arête difficile à avaler. C’est cela qui a fait sa force. Le David des savanes avait comme fronde sa résistance et comme cartouche la pierre de la vérité.
Sonko, c’était une énigme. Est-il de gauche ? Est-il de droite ? ses adversaires arrivaient difficilement à le classer. Par ses sorties intempestives, il avait donné de la couleur et du grain à moudre à l’opposition traditionnelle qui se perdait dans des discours lénifiants. Sonko entrait alors en scène à la fois à la faveur de la féroce attaque étatique contre lui et de la fraîcheur d’un discours oppositionnel dont le trait dominant était le patriotisme.
Il a ainsi engrangé un énorme capital de sympathie auprès des populations et surtout des jeunes. Il crée son parti politique le « Pasteef », terme que l’on traduit au mieux en français par détermination. Le boxeur, il en a l’âme et la posture quand il se met volontairement en image, participe aux élections législatives. Il est élu avec le plus fort reste.
Une entrée en politique certes timide. Mais, par la vitalité de ses interventions, le caractère tranchant de ses interpellations tranche avec la monotonie des débats parlementaires soporifiques. Grâce à lui seul, la nature des prestations dans l’hémicycle change de physionomie. Les ministres ont la peur au ventre quand Sonko se lève de son siège pour prendre la parole.
Le petit Poucet n’a pas manqué de faire un premier grand pas de géant de la présidentielle. C’est un essai. S’il parvient à le transformer, il est certain qu’il ira loin. Le président Abdoulaye Wade voit en lui l’image du jeune contestataire qu’il fut. Sonko reconnaît en lui le modèle du patriote. Une estime réciproque lie les deux hommes. Mais ce n’est pas faire insulte à Abdoulaye Wade si nous disons qu’ « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Sonko n’aura certainement pas à attendre aussi longtemps que lui. Le temps s’accélère. Sûr que pour la prochaine présidentielle, beaucoup miseront sur lui et sur un ko au premier round contre son principal adversaire.
Moustapha Sarr Diagne Lg8tv